
Une publication de CGA-Canada qui explore les tendances et la recherche dans le milieu des affaires et le domaine de la politique publique.
En période de crise financière ou de ralentissement économique, on n’entend parler que des grandes entreprises et des sociétés cotées. Pourtant, l’impact sur les petites entreprises peut être tout aussi sérieux. Lorsque le conseil d’administration de la Confederation of Asian and Pacific Accountants (CAPA) s’est réuni à Vancouver en mai 2009,
En Colombie-Britannique, le secteur de la construction est vigoureux, de grands projets d’infrastructure sont en cours et les préparatifs des Jeux olympiques entraînent des dépenses importantes; les effets du ralentissement économique ont donc tardé à se faire sentir en comparaison d’autres régions. Selon M. Nagy, qui compte de nombreux clients dans le secteur de la construction, de nombreuses entreprises ont continué à prospérer au cours du 3e trimestre de 2008. C’est au 4e trimestre que les contrecoups du ralentissement se sont fait le plus durement sentir dans les PME
Audioclip – John Nagy
John Nagy, FCGA, parle de l’impact du vieillissement de la population sur la profession comptable; un impact qu’on aurait tort de minimiser. (1 min 49 s.) — (en anglais)
« Nous avons constaté cela au début du 1er trimestre [de 2009] tandis que nous préparions la clôture de l’exercice. Au cours des neuf premiers mois, nos clients ont fait de très bonnes affaires, car ils n’avaient pas encore terminé les projets en cours et faisaient beaucoup d’argent », dit M. Nagy, en parlant de ses clients du secteur de la construction. « Nous espérions fortement qu’ils avaient mis de côté une partie de cet argent pour payer leurs impôts, parce que le dernier trimestre de l’an dernier et le premier de cette année n’ont pas été aussi rentables. »
M. Richardson est de cet avis et ajoute qu’en ce moment « de nombreux propriétaires d’entreprises de la
Les membres de l’association pour laquelle travaille Mme Peters ont également ressenti les contrecoups du ralentissement. Pour eux, la récession a sévi par étapes. Les premiers CGA touchés ont été ceux qui travaillaient pour les filiales britanno-colombiennes d’entreprises étrangères, notamment américaines. Ensuite, un grand nombre de comptables qui travaillaient au gouvernement provincial ont été mis à pied dans une vague de compressions massives. Enfin, en conséquence de la diminution du travail provenant des sociétés ouvertes, les quatre grands cabinets comptables ont réduit leurs effectifs. Toutefois, cette situation a permis de remédier à la pénurie de comptables qualifiés qui sévissait dans les petits cabinets ces dernières années.
« Le recrutement de personnel clé qualifié était devenu un véritable problème et les cabinets refusaient beaucoup de travail, dit Mme Peters. Un cabinet qui avait décidé de dresser une liste de tous ces refus s’est rendu compte qu’en un an, il avait refusé des travaux d’une valeur de 100 000 $ simplement parce qu’il ne disposait pas du personnel qu’il lui fallait pour satisfaire à la demande. »
Les plans de relève dérapent
La crise a fait une marque particulièrement profonde et unique dans les plans de relève des PME. Selon M. Nagy et M. Richardson, la planification de la relève et la planification successorale sont des activités en croissance. Les baby-boomers sont sur le point de prendre leur retraite, et les propriétaires d’entreprises privées espèrent céder leur entreprise à la génération suivante ou encore la vendre pour financer leur retraite.
Audioclip – Ken Richardson
Ken Richardson, CGA, parle de l’effet dévastateur qu’a eu le ralentissement économique sur ses clients du secteur de la construction. (1 min 28 s.) — (en anglais)
« Un grand nombre de nos clients ont dû mettre leurs plans de relève en attente, dit M. Richardson. Ils avaient fait évaluer leur entreprise il y a trois ou quatre ans, ils avaient probablement mis en place un plan de relève. Puis tout a commencé à déraper, la baisse du chiffre d’affaires faisant chuter les résultats. »
« Certains acheteurs tournent les talons même s’ils avaient donné un énorme acompte, ajoute M. Richardson. Il n’est pas rare de voir un acheteur se retirer d’une affaire après avoir versé un acompte de 500 000 $. Un tel acheteur estime qu’il est trop risqué d’acheter l’entreprise et de se lancer sur le marché ou encore qu’il ne disposera pas du financement et du fonds de roulement nécessaires de façon continue. »
M. Nagy fait remarquer que le ralentissement économique a frappé les revenus de retraite de la plupart des gens et obligé certains propriétaires de PME à revoir leurs projets de retraite, ou au moins à repousser la date de leur retraite.
« À mon avis, la plupart des baby-boomers songent à s’accrocher à leur entreprise un peu plus longtemps qu’ils ne l’auraient souhaité, mais la planification demeure essentielle, dit M. Nagy. Individuellement, les propriétaires d’entreprises ont traversé un moment difficile et nous constatons que certains d’entre eux essuient des pertes importantes ou du moins c’est ce que nous avons constaté pendant la période des impôts. »
L’économie provoque des restructurations
M. Nagy et M. Richardson font remarquer qu’en raison de l’incertitude économique, leurs clients ont dû restructurer leur entreprise. Certains ont opté pour la consolidation ou l’achat de compétiteurs de moindre envergure. D’autres, pour braver la menace de la concurrence, ont fragmenté certaines unités d’exploitation en entités distinctes. « Ils se protègent ainsi des créanciers et mettent leurs actifs à l’abri », dit M. Richardson.
Dans les grands cabinets, Mme Peters a remarqué qu’on recherchait de plus en plus des comptables possédant un titre professionnel pour combler les postes supérieurs, de préférence à des titulaires de M.B.A. — ces cabinets savent que les comptables respectent un code de déontologie, et c’est un facteur important pour eux.
Audioclip – Tina Peters
Tina Peters, CGA, parle de la baisse du nombre d’audits, les clients réévaluant le rapport coûts-avantages d’une misions d’audit par rapport à celui d’une mission d’examen. (0 min 34 s.) — (en anglais)
Il y a toujours beaucoup de travail pour les experts-comptables, mais comme leurs clients éprouvent des difficultés, ils doivent changer la façon dont ils facturent leurs services. « Les cabinets commencent à avoir du mal à se faire payer, dit Mme Peters. Une partie du problème est psychologique : en facturant leurs clients pour la valeur réelle de leurs services, ils s’exposent à des risques sur le plan de la réalisation. Ainsi, même si le temps alloué à un dossier équivaut à 5 000 $, ils savent bien qu’ils ne peuvent facturer que
La question d’un participant au sujet des causes fondamentales de la crise financière a soulevé une discussion sur la capacité de la réglementation à modifier efficacement les comportements et, surtout, à mettre un frein à la cupidité. M. Richardson estime que c’est cette cupidité qui, jusqu’à un certain point, fait fonctionner le système. La difficulté, c’est de la contenir.
« Lorsque les établissements financiers, surtout les établissements américains, ont envisagé de prêter de l’argent à un taux aussi bas, et que le système en entier a parié sur l’inflation pour que monte indéfiniment le prix des maisons et des marchandises, je n’arrive pas à comprendre que si peu de personnes aient eu la lucidité de voir que ça ne se produirait pas », dit M. Richardson. Ce dernier revenait tout juste de Las Vegas, où de nouvelles maisons dont le prix avait été fixé à 795 000 $, à l’origine, se vendaient maintenant 200 000 $. « Pour prévenir la formation d’une bulle immobilière et le prêt irresponsable d’argent, il faudrait sans doute adopter des lois plus strictes »,
M. Richardson croit que la vitesse à laquelle circule l’information peut avoir une influence sur le comportement des gens et sur la façon dont ils perçoivent l’actualité financière et économique. S’ils avaient une meilleure mémoire, ils pourraient voir venir la prochaine crise et l’éviter, car ils en reconnaîtraient les signes précurseurs.
Mme Peters a également parlé de l’évolution de la relation entre les particuliers et les établissements financiers, et du rôle que cela a joué dans la crise. Une nouvelle réglementation a changé la façon d’évaluer les risques et, par conséquent, la façon dont l’argent circule dans le système financier.
« Je pense sincèrement que c’est le secteur bancaire — les établissements financiers — qui a influencé la situation actuelle, dit Mme Peters. Nous avons vu venir la crise. Nous savions que ça allait arriver. Nous ne savions simplement pas quelle en serait l’ampleur. La dernière récession remonte à il y a longtemps, et plus le temps passe entre les récessions, pire c’est. »
Le vieillissement de la population favorise les PMC
Malgré les difficultés auxquelles font face de nombreuses PME, les trois experts voient l’avenir des PMC avec optimisme. La principale raison de cet optimisme, ce sont les changements démographiques. Selon Mme Peters, au cours des 15 prochaines années, 600 cabinets comptables de la Colombie-Britannique auront un nouveau propriétaire.
M. Nagy dit qu’environ 50 % des professionnels britanno-colombiens prendront leur retraite au cours des 10 prochaines années. Toutefois, la prochaine génération de comptables ne semble pas disposée à travailler aussi fort que les associés de la génération précédente. En outre, est-elle prête à accepter les risques et les responsabilités inhérents à l’exploitation d’un cabinet comptable? Quoi qu’il en soit, les provinces de l’Ouest devront compter largement sur l’immigration pour compenser.
La prochaine génération accorde une grande importance à l’équilibre entre le travail et la vie personnelle. Elle tolère mal les pressions exercées par la clientèle, la contestation des honoraires et les compromis sur l’éthique, ce que Mme Peters voit d’un bon œil. Elle note également que les nouveaux comptables ont beaucoup confiance en eux, même si, parfois, ils ne se rendent pas compte qu’ils en ont encore beaucoup à apprendre s’ils veulent pleinement remplacer leurs collègues d’expérience.
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