durabilité

Quantifier l’air chaud : un défi de taille!

L’assurance en matière de GES illustre bien la difficulté d’établir des normes de développement durable


Les questions environnementales et sociales liées à la présentation de l’information sur le développement durable sont variées, difficiles et complexes. De ce point de vue, l’élaboration de normes reconnues mondialement représente un défi d’envergure, comme en témoigne le document de consultation (en anglais) sur l’assurance à l’égard de l’information relative aux gaz à effet de serre publié l’automne dernier par l’International Auditing and Assurance Standards Board (IAASB), un organisme de normalisation qui relève de l’International Federation of Accountants (IFAC).

En vue d’élaborer une norme internationale sur les missions d’assurance (International Standard on Assurance Engagements ou ISAE), l’IAASB a lancé un appel à commentaires sur l’assurance à l’égard de l’information sur les gaz à effet de serre (GES). Il est précisé, dans le document de consultation, que « l’assurance est un champ de spécialisation de la profession comptable qui comprend, sans s’y limiter, l’audit des états financiers. En matière d’assurance, la compétence suppose des habiletés, des connaissances et une expérience spécialisées à l’égard des concepts et processus particuliers de ce domaine, qualités qu’on ne peut acquérir que par la formation approfondie et l’application pratique ».

Cet argument explique bien pourquoi la profession comptable doit assumer la responsabilité de donner une assurance quant à l’information sur les GES. Les cabinets internationaux ont d’ailleurs acquis une expertise considérable dans le domaine de la production d’information et d’assurance environnementales. Un sondage mondial détaillé sur la question, KPMG International Survey of Corporate Responsibility Reporting 2008, révèle que l’investissement dans cette expertise a porté fruit. En effet, selon ce sondage, la vaste majorité (70 %) des entreprises soucieuses d’obtenir une assurance quant à l’information sur le développement durable choisissent un grand cabinet comptable à cet effet plutôt que les organismes de certification, les experts techniques, les fournisseurs spécialisés en assurance ou d’autres tiers.

L’assurance quant aux émissions de GES est toutefois complexe, car elle ne relève pas d’une seule discipline, et une mission d’assurance à cet égard nécessite habituellement la formation d’une équipe multidisciplinaire comprenant des professionnels comptables, des ingénieurs professionnels et des experts en science de l’environnement. Comme le faisait remarquer CGA-Canada dans ses commentaires, toute norme élaborée par l’IAASB devra être suffisamment souple pour que soient admises les normes qui pourraient avoir été élaborées par des organismes professionnels sur lesquels l’IFAC n’exerce aucune influence, pour autant qu’elles soient substantiellement équivalentes sur les plans de la compétence, de l’éthique et du contrôle de la qualité.

Le degré d’incertitude liée au choix des méthodes scientifiques est un autre exemple illustrant la complexité de l’assurance en matière d’émissions de GES. Dans ses commentaires à l’IAASB, CGA-Canada énonçait que « l’expertise en vérification d’états financiers et sa normalisation ne peuvent être transposées aisément à l’assurance à l’égard de l’information relative aux GES. En fait, présenter avec exactitude les émissions mesurées pose un défi tant pour les comptables que pour les scientifiques. Les coefficients d’émission sont utilisés pour convertir les activités mesurées en estimations des émissions, mais il peut exister plusieurs méthodes scientifiques valables pour estimer les émissions liées à un procédé (l’incertitude peut donc provenir de la méthode scientifique tout comme de la façon de mesurer les émissions). Par conséquent, les examens analytiques effectués pour faire le relevé des émissions ont de bonnes chances d’être sensiblement différents de ceux qu’on utilise dans les rapports sur les états financiers ».

Il est déjà difficile de comptabiliser avec précision les émissions de GES attribuables à une entreprise en particulier, et le degré d’incertitude augmente d’autant si l’information sur le développement durable doit faire état de l’empreinte carbone des chaînes logistiques et de l’échange des crédits compensatoires.

Aussi complexe et difficile que puisse être la situation, la nécessité d’une norme en matière d’émissions de GES comme celle que propose l’IAASB devient de plus en plus évidente. Le sondage de KPMG mené auprès de 2 200 grandes entreprises révèle qu’environ 40 % des répondants intègrent une déclaration d’assurance officielle à leurs rapports sur le développement durable. C’est une forte augmentation par rapport au chiffre de 30 % établi par KPMG lors de l’étude précédente réalisée en 2005. Au Canada, cette tendance est encore plus évidente, le résultat étant passé de 10 % en 2005 à 19 % en 2009. Aux États-Unis, on a enregistré 14 % en 2008 comparativement à un maigre 3 % en 2005. Ces deux pays traînent toutefois derrière les autres pays développés, et les nations qui arrivent aux premiers rangs, soit la France (73 %), l’Espagne (70 %) et la Corée du Sud (67 %), les devancent considérablement.

La demande croissante en matière d’assurance indépendante — que ce soit pour satisfaire aux exigences réglementaires ou aux demandes des investisseurs, des clients et des autres parties prenantes — rendra nécessaire l’élaboration de normes de comptabilité et d’assurance en matière de développement durable qui sont reconnues mondialement. Au rythme où vont les choses, tout tend à prouver la légitimité des recommandations de l’IFAC (en anglais), qui juge qu’il faut établir un cadre de référence universel, et de CGA-Canada, qui, dans son rapport de 2005 sur l’information sur le développement durable indiquait : « Il est nécessaire de disposer de lignes directrices reconnues mondialement pour la production des rapports sur le développement durable, pour assurer l’efficience des marchés financiers et permettre la comparabilité, l’uniformité et la crédibilité de l’information. »